Ecrits

Enfant je ne suis pas dans la lune mais dans le ciel
Je rêve de m’enrouler dans les nuages et puis dans le ciel j’écris mes pensées

J’aime les mots et leur poésie qui courent sur le papier, dans les airs, au milieu des pierres

Je vis la création telle une quête, un parcours initiatique, un tissage singulier

Alors, j’écris

« Ce matin le soleil s’est levé différemment. Avec son teint pâle lavé par la pluie, il avait l’air triste. Des taches blanches coulaient sur sa face jaunie comme un mauvais maquillage sous l’effet de la chaleur. Le ciel se fissurait et laissait apparaître la patine d’un vieux mur lézardé. Il y avait dans cet astre une expression touchante d’une extrême sensibilité comme s’il allait se fracasser sur l’horizon. Dans un soubresaut, ses rayons délavés balayaient la terre par endroits successifs, abandonnant un bloc de vie ici et là. Au loin, les montagnes d’un brun clair se faufilaient entre les étendues encore vides. Au premier plan, des filaments roses et des dégradés gris-bleus s’étageaient dans l’harmonie matinale au milieu des maisons et des prés. J’ai longuement contemplé ce paysage brossé par Nicolas de Staël. Plongée dans ma rêverie, j’ai imaginé qu’il l’avait peint un jour d’hiver, comme celui d’aujourd’hui.


J’étais comme hypnotisée, habitée par l’énergie qui émanait de cet astre monstrueux de beauté. Puis totalement immergée, je fus absorbée par l’épaisseur de la matière que l’artiste avait déposée et façonnée au couteau avec une infime précision, cherchant le sensible de sa pointe. Au fur et à mesure, je me sentais de plus en plus avalée par ces glacis d’huiles superposées en couches rageuses. Mon corps était contenu, englouti sous les empâtements. Au contact de ce magma débordant de couleurs, je laissai mon cœur vibrer de l’intérieur vers l’extérieur avec intensité. Mon ventre palpitait. Dans cette figuration abstraite, une force raffinée irradiait l’espace. Sublime création de la réalité transformée. Cette atmosphère blanchâtre me procura de la chaleur pour la journée. Je lisais dans ce rougeoiement d’énergie l’éclat de l’avenir… »

Extrait du récit  « Du chaos à la résilience », chapitre 20 Le soleil – 2019
© Ecrits Sylvie Hénot – Tous droits réservés