Ecrits
Enfant je ne suis pas dans la lune mais dans le ciel
Je rêve de m’enrouler dans les nuages et puis dans le ciel j’écris mes pensées
J’aime les mots et leur poésie qui courent sur le papier, dans les airs, au milieu des pierres
Je vis la création telle une quête, un parcours initiatique, un tissage singulier
Alors, j’écris
Le soleil
Ce matin le soleil s’est levé différemment. Avec son teint pâle lavé par la pluie, il avait l’air triste. Des taches blanches coulaient sur sa face jaunie comme un mauvais maquillage sous l’effet de la chaleur. Le ciel se fissurait et laissait apparaître la patine d’un vieux mur lézardé. Il y avait dans cet astre une expression touchante d’une extrême sensibilité comme s’il allait se fracasser sur l’horizon. Dans un soubresaut, ses rayons délavés balayaient la terre par endroits successifs, abandonnant un bloc de vie ici et là. Au loin, les montagnes d’un brun clair se faufilaient entre les étendues encore vides. Au premier plan, des filaments roses et des dégradés gris-bleus s’étageaient dans l’harmonie matinale au milieu des maisons et des prés. J’ai longuement contemplé ce paysage brossé par Nicolas de Staël. Plongée dans ma rêverie, j’ai imaginé qu’il l’avait peint un jour d’hiver, comme celui d’aujourd’hui.
Extrait du récit « Du chaos à la résilience – Comme un nuage enveloppant la lune endormie », chapitre 21 Le soleil – 2019
J’étais comme hypnotisée, habitée par l’énergie qui émanait de cet astre monstrueux de beauté. Puis totalement immergée, je fus absorbée par l’épaisseur de la matière que l’artiste avait déposée et façonnée au couteau avec une infime précision, cherchant le sensible de sa pointe. Au fur et à mesure, je me sentais de plus en plus avalée par ces glacis d’huiles superposées en couches rageuses. Mon corps était contenu, englouti sous les empâtements. Au contact de ce magma débordant de couleurs, je laissai mon cœur vibrer de l’intérieur vers l’extérieur avec intensité. Mon ventre palpitait. Dans cette figuration abstraite, une force raffinée irradiait l’espace. Sublime création de la réalité transformée. Cette atmosphère blanchâtre me procura de la chaleur pour la journée. Je lisais dans ce rougeoiement d’énergie l’éclat de l’avenir…
© Ecrits Sylvie Hénot – Tous droits réservés
Rouge
Rouge, c’était sa couleur préférée.
Rouge comme le sang qui coule dans les veines, comme les liens du sang.
Rouge comme le feu qui brûle et qui emporte le passé.
Comme une absence prolongée.
Comme le phénix qui renaît de ses cendres.
Rouge comme un bouleversement de la vie, un avant et un après. Une émotion.
Comme un cœur au tempo passionato.
Comme l’adversité et le désir.
Rouge, comme le feu divin.
Comme la destruction et l’amour.
Rouge, comme le soleil au couchant.
Comme la résine des dragonniers saignant goutte à goutte et inondant leur tronc de larmes au goût amer.
Comme cette femme posant triomphalement entre les pattes de la girafe qu’elle vient d’abattre.
Rouge, comme la barbarie.
Extrait du récit « Du chaos à la résilience – Comme un nuage enveloppant la lune endormie », chapitre 11 Rouge – 2019
© Ecrits Sylvie Hénot – Tous droits réservés
La lenteur
La lune s’était assoupie. Elle semblait posée sur un tapis volant tissé de nuages blancs. Des pappus de pissenlit naissaient autour d’elle comme par magie. Dans la voie lactée, une étoile composée de coquillages la précédait et veillait sur ce vaisseau fragile. Un escargot de mer s’était engagé aussi dans le ciel. Il déployait sa longue traîne de dentelle, pendant que les planètes alentour les escortaient en brillant. Plus loin, une libellule des océans, s’élevait lentement. Son âme flottait, métamorphosée en papillon vert tamisé. Son corps velouté engoncé dans un étui de glycine pointait vers le ciel laiteux. Il soulevait une bernicle et une huître. Drôles de bagages. Ses plumes d’aigrette, ressemblaient aux voiles d’une montgolfière. Une myriade de graines entourait cet attelage, le soutenant dans son ascension. Et puis une petite tache rouge au milieu de cette étendue paisible.
Extrait du récit « Du chaos à la résilience – Comme un nuage enveloppant la lune endormie », chapitre 9 La lenteur – 2019
© Ecrits Sylvie Hénot – Tous droits réservés
Le refuge
Le temps passait et l’automne s’était déjà installé avec sa cohorte de couleurs chaudes. La brume était tombée du ciel en lambeaux épais. Les arbres perlaient des gouttes glaciales et le silence maître de cet instant régnait. Sous le soleil blanchi du matin, la rosée avait constellé la terre de larmes. Le garde-manger des écureuils s’était rempli d’avelines. Les succulentes débordaient de leur pot en cascade de velours mauve et vert cendré. Il pleuvait des feuilles. Emportées par le vent, elles s’envolaienten disséminant ses rêves tout autour de la terre.
Avec l’arrivée des premiers froids, les fleurs de Physalis aux fils cousus d’or s’étaient transformées en dentelle ajourée. Se confondant avec la lumière, elles irradiaient force et énergie. Leur trame fine et légère invitait aux songes. Elles formaient des sculptures évanescentes et semblaient vouloir s’évaporer dans les airs comme pour nourrir l’imaginaire des poètes et des contemplatifs.
L’eau coulait entre les galets glissants et la terre transpirait d’humidité.
Extrait du récit « Du chaos à la résilience- Comme un nuage enveloppant la lune endormie », chapitre 13 Le refuge – 2019
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